Griffe du diable chez le cheval : ce que disent les études, l'étiquette et les règles antidopage

par Rémi Cordonnier Le 16 oct. 2026

L'essentiel à retenir...

  • La griffe du diable (Harpagophytum procumbens) est une piste pour le confort articulaire du cheval, pas un traitement de l'arthrose. Chez le cheval, l'étude d'Axmann et al. (2019) montre seulement l'absorption de l'harpagoside dans le sang, sans preuve d'efficacité clinique ni de régénération du cartilage.
  • L'apport en harpagosides dépend de la forme et du titrage, pas du nom de la plante. Un extrait sec titré est plus régulier qu'une poudre de racine non titrée. À titre d'illustration, 1 g de poudre à 1,2 % apporte environ 12 mg d'harpagosides, contre environ 50 mg pour 1 g d'extrait titré à 5 %.
  • Sur l'étiquette, vérifiez le nom botanique, la partie utilisée (racines secondaires tubérisées), la forme, le titrage en harpagosides et la quantité par jour selon le poids du cheval, et non par comprimé.
  • Demandez l'avis du vétérinaire avant toute cure si votre cheval est sujet aux ulcères gastriques, reçoit un anti-inflammatoire prescrit (phénylbutazone, méloxicam, flunixine) ou un anticoagulant, ou s'il s'agit d'une jument gestante ou allaitante ou d'un poulain. N'utilisez jamais de produit humain ou canin.
  • Depuis 2016, l'harpagoside est une médication contrôlée pour la FEI. Aucun délai de détection n'est garanti : validez le calendrier d'arrêt avec le vétérinaire selon le règlement de votre discipline (FEI, FFE, France Galop, LeTrot), puis conservez l'étiquette, le numéro de lot et les dates d'administration.
Griffe du diable (Harpagophytum procumbens) en fleurs, fruits crochus et racines tubérisées sur bois
Sommaire

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    Vous regardez Hipposil, le complément du Labo Demeter à base d'harpagophytum pour cheval, ou un autre produit pour un cheval raide au démarrage ? Vous croiserez presque toujours la même plante : l'harpagophytum (Harpagophytum procumbens), la fameuse griffe du diable.

    Chez le cheval, c'est une piste pour le confort articulaire, avec des preuves encore minces. Ce n'est pas un traitement de l'arthrose, et rien ne montre qu'elle répare le cartilage. Voilà pourquoi nous avons réuni ici ce qui compte vraiment avant de l'ajouter à la ration :

    • ce que les études montrent, et ce qu'elles ne montrent pas ;
    • pourquoi une poudre et un extrait titré n'apportent pas du tout la même chose ;
    • comment lire une étiquette en cinq points ;
    • les chevaux pour qui l'avis du vétérinaire passe avant tout ;
    • le statut de médication contrôlée à la FEI, à connaître si vous sortez en concours.

    Pour comparer ensuite les formules, notre sélection de compléments pour les articulations du cheval réunit les produits que nous référençons. Le diagnostic et les traitements de l'arthrose restent l'affaire de votre vétérinaire.

    Harpagophytum et harpagosides : de quoi parle-t-on ?

    La griffe du diable est une plante rampante des zones arides de Namibie, du Botswana et d'Afrique du Sud. On utilise H. procumbens, parfois H. zeyheri. Son nom vient de ses fruits hérissés de crochets. Ce qui intéresse la phytothérapie se trouve sous terre : les racines secondaires tubérisées, et non la racine principale.

    Leur composé de référence, c'est l'harpagoside, un glycoside iridoïde. La Pharmacopée européenne exige au moins 1,2 % d'harpagoside dans la racine séchée. Mais d'un lot à l'autre, la teneur dépend de l'espèce, de la récolte et du procédé. Le mot « harpagophytum » sur un emballage ne dit donc rien de la quantité réelle d'harpagosides que reçoit votre cheval.

    Chez l'humain, l'Agence européenne du médicament (EMA) reconnaît un usage traditionnel pour les douleurs articulaires mineures et les troubles digestifs légers. C'est une reconnaissance fondée sur l'ancienneté de l'usage, pas sur des essais cliniques. Elle ne se transpose pas au cheval.

    💡 Le saviez-vous ? La racine d'harpagophytum est classée parmi les drogues végétales amères, avec un indice d'amertume estimé entre 5 000 et 12 000. C'est pour ça que tant de chevaux la repèrent dans leur seau et la laissent au fond, poudre comprise.

    Ce que disent vraiment les études chez le cheval

    L'harpagophytum est-il efficace contre l'arthrose du cheval ? Pas de réponse franche possible aujourd'hui. Voici où en sont les connaissances :

    ✅ Ce qui est documenté

    • Un usage traditionnel ancien chez l'humain, reconnu par l'EMA
    • Une action sur des médiateurs de l'inflammation (cytokines, COX-2, NO), observée in vitro et chez le rongeur
    • Chez le cheval, une absorption de l'harpagoside mesurée dans le sang

    ❌ Ce qui n'est pas démontré

    • Une efficacité clinique sur la boiterie ou la raideur du cheval
    • Une régénération ou une protection du cartilage
    • Une équivalence avec un anti-inflammatoire prescrit

    Côté cheval, la référence est l'étude d'Axmann et al. (2019, Journal of Veterinary Pharmacology and Therapeutics). Six chevaux ont reçu une dose unique d'extrait par sonde nasogastrique. L'harpagoside est bien passé dans le sang, sans effet indésirable visible. C'est une étude d'absorption, utile pour raisonner les doses, mais qui ne mesure pas le confort du cheval.

    Chez l'humain, la revue Cochrane d'Oltean et al. (2014) sur la lombalgie suggère qu'un extrait titré à 50 ou 100 mg d'harpagoside par jour pourrait soulager mieux qu'un placebo à court terme. Elle s'appuie sur deux essais seulement, avec un niveau de preuve jugé faible, et chez une autre espèce.

    Une étude ne vaut que pour la préparation testée. Son résultat ne voyage pas d'une étiquette à l'autre.

    On parle souvent d'« anti-inflammatoire naturel » pour la griffe du diable : chez le cheval, c'est une piste de confort, pas un médicament, à évaluer cheval par cheval avec votre vétérinaire. Les formules que nous référençons, à donner en cure ou à appliquer localement, sont réunies dans notre sélection d'anti-inflammatoires naturels pour cheval.

    Racine, poudre ou extrait titré : pourquoi l'apport change tout

    Même plante, apports très différents. La forme décide de la quantité d'harpagosides réellement reçue, de sa régularité et de l'accueil que votre cheval réservera à sa ration.

    Forme Apport en harpagosides Appétence Ce qu'il faut chercher sur l'étiquette
    Racine en morceaux Faible et irrégulier, dosage approximatif Très amère, souvent triée Poids indiqué, titrage rarement donné
    Poudre de racine Faible, variable selon les lots Amère, se repère dans la ration Sans titrage, aucune comparaison possible
    Extrait sec titré Plus élevé et standardisé Souvent en comprimé, mieux accepté Titrage en harpagosides et ratio d'extraction
    Formule associée Dépend de la forme incorporée Souvent aromatisée Quantité par unité, forme parfois absente

    ✨ L'astuce : faites le calcul avant de comparer deux prix. Avec des taux pris pour l'exemple, 1 g de poudre à 1,2 % apporte environ 12 mg d'harpagosides, contre environ 50 mg pour 1 g d'extrait titré à 5 %. C'est une illustration, pas une posologie. Et sans le titrage annoncé par le fabricant, ce calcul est tout simplement impossible.

    Nos conseils pour lire l'étiquette d'un complément à la griffe du diable

    Une étiquette bien faite répond à cinq questions. Si l'une reste sans réponse, vous savez déjà ce qui vous manque pour juger le produit.

    1
    Le nom botanique Harpagophytum procumbens et/ou H. zeyheri. Un simple « griffe du diable » sans nom latin reste vague.
    2
    La partie de la plante Ce sont les racines secondaires tubérisées qui concentrent les harpagosides.
    3
    La forme et le titrage Poudre ou extrait sec ? Avec quel pourcentage d'harpagosides et quel ratio d'extraction ? Sans titrage, l'apport réel est inconnu.
    4
    La quantité par jour, pas par comprimé Multipliez la teneur d'une unité par le nombre d'unités recommandé pour le poids de votre cheval.
    5
    Les autres actifs et les mentions de sécurité Ingrédients associés, précautions, consigne d'arrêt avant compétition : tout doit y figurer.

    Voilà aussi pourquoi les quantités varient autant d'un produit à l'autre : forme, titrage et actifs associés diffèrent. Il n'existe aucune posologie universelle d'harpagophytum chez le cheval. Suivez la notice du produit choisi et l'avis de votre vétérinaire.

    Durée de cure et précautions : nos conseils avant de commencer

    Aucune durée de cure n'a été validée chez le cheval. Elle dépend de la notice et de votre vétérinaire. Notre conseil : fixez ensemble, dès le départ, une date de bilan, pour juger sur des faits plutôt qu'à l'impression.

    ⚠️ Attention : demandez l'avis du vétérinaire avant de commencer si votre cheval :

    • est sujet aux ulcères gastriques. Chez l'humain, l'EMA contre-indique la plante en cas d'ulcère gastrique ou duodénal actif, et l'estomac du cheval est particulièrement exposé ;
    • reçoit un anti-inflammatoire prescrit (phénylbutazone, méloxicam, flunixine). Les effets sur l'estomac pourraient s'additionner, et les interactions n'ont pas été étudiées chez le cheval ;
    • suit un traitement anticoagulant. Des cas isolés d'interaction avec la warfarine ont été rapportés chez l'humain ;
    • est une jument gestante ou allaitante, ou un poulain. Aucune donnée n'existe pour ces profils.

    Les effets secondaires de l'harpagophytum chez le cheval restent mal connus, faute d'études de tolérance au long cours. Chez l'humain, on rapporte surtout des troubles digestifs. Une règle ne souffre aucune exception : jamais de produit humain ou canin, ni de posologie transposée d'une espèce à l'autre.

    Cheval de compétition : l'harpagoside est une médication contrôlée

    C'est le point que beaucoup découvrent trop tard. Depuis le 1er janvier 2016, l'harpagoside figure sur la liste FEI des médications contrôlées. Ces substances ont un intérêt thérapeutique reconnu, mais elles sont interdites dans l'organisme du cheval le jour de l'épreuve. Des contrôles positifs à l'harpagoside ont déjà été sanctionnés.

    Pour les concours FFE et les courses (France Galop, LeTrot), les règlements nationaux s'appliquent. Les codes des courses sont particulièrement stricts sur toute substance non alimentaire ayant une action pharmacologique. Vérifiez le règlement de votre discipline, car il peut évoluer chaque année.

    📌 À retenir

    • Aucun délai de détection n'est garanti : l'élimination varie selon la dose, la forme, la durée de la cure et le cheval.
    • Le calendrier d'arrêt se décide avec le vétérinaire, à partir du calendrier des concours.
    • Conservez l'étiquette et le numéro de lot, et notez les dates d'administration.

    Hipposil : la méthode appliquée à une formule

    Prenons notre méthode de lecture et appliquons-la à Hipposil du Labo Demeter. D'après les informations du fabricant, un comprimé contient 100 mg d'harpagophytum, 50 mg de silicium organique, 100 mg de spiruline et 100 mg de flore probiotique, avec un arôme vanille.

    La dose indiquée est d'un comprimé par 150 kg de poids vif et par jour. Pour un cheval de 600 kg, cela fait 4 comprimés, soit 400 mg d'harpagophytum par jour. La forme (poudre ou extrait) et le titrage en harpagosides ne sont pas précisés : l'apport réel en harpagosides ne peut donc pas être calculé. Le fabricant suggère une cure de 30 à 45 jours.

    Le Labo Demeter présente le silicium comme un soutien des tissus conjonctifs, la spiruline comme une microalgue riche en nutriments et les probiotiques comme un appui pour la flore digestive. Les études citées plus haut ne portent pas sur cette formule. Pour les précautions propres à chaque ingrédient, référez-vous à la notice et à votre vétérinaire.

    LABO-DEMETERHipposil - Harpagophytum & silicium pour cheval - arthrose et tendons - Labo-Demeter 51,38 € Voir le produit

    Vos questions fréquentes

    L'harpagophytum peut-il remplacer la phénylbutazone chez le cheval ?

    Non. La phénylbutazone est un médicament prescrit dont l'effet est démontré chez le cheval, ce qui n'est pas le cas de l'harpagophytum. Remplacer un traitement par une plante sans avis vétérinaire peut laisser une douleur sans prise en charge. En compétition FEI, les deux substances sont d'ailleurs interdites le jour de l'épreuve.

    Combien de temps l'harpagoside reste-t-il détectable chez le cheval ?

    Dans l'étude d'Axmann et al., l'harpagoside a été détecté dans le plasma jusqu'à 9 heures après une prise unique. Ce chiffre ne vaut pas délai de détection : les contrôles portent aussi sur l'urine, et une cure répétée, une autre dose ou un autre produit changent la donne. Aucune durée ne garantit un contrôle négatif.

    Peut-on donner de l'harpagophytum à un cheval toute l'année ?

    Aucune donnée ne valide un usage continu chez le cheval. Pour comparaison, les médicaments traditionnels à base d'harpagophytum destinés à l'humain recommandent de consulter si la gêne persiste au-delà de quatre semaines. Chez le cheval, la logique la plus prudente reste la cure, avec un bilan fixé à l'avance avec le vétérinaire.

    Mon cheval trie l'harpagophytum dans sa ration, que faire ?

    C'est fréquent, car la racine est très amère. Un comprimé aromatisé passe souvent mieux qu'une poudre. Vous pouvez aussi le proposer dans une petite poignée d'aliment humidifié, à part de la ration, pour vérifier qu'il est bien consommé. S'il refuse durablement, n'insistez pas et parlez-en au vétérinaire.

    Hipposil convient-il à un cheval qui sort en concours ?

    Hipposil contient de l'harpagophytum, donc de l'harpagoside, une médication contrôlée pour la FEI. Le Labo Demeter indique d'arrêter l'administration au moins 48 heures avant une compétition officielle : prenez-le comme un minimum, pas comme une garantie. Le calendrier d'arrêt se décide avec le vétérinaire, en fonction du règlement de votre discipline.

    Notre avis pour choisir sereinement

    L'harpagophytum peut trouver sa place dans le quotidien d'un cheval raide, à condition de le voir pour ce qu'il est : une piste de confort, pas un remède. Le bon réflexe tient en trois gestes : lire l'étiquette jusqu'au titrage, en parler au vétérinaire si votre cheval a un estomac fragile ou un traitement en cours, et anticiper le calendrier des concours. Avec ces repères, vous choisissez un complément en connaissance de cause, et non sur la seule promesse d'un emballage.